vendredi 21 juillet 2017

René Guénon - Articles et comptes rendus tome II

L’objet de cet errata est un peu spécial, puisque c’est un recueil qui n’existe pas au format papier, mais dont une version numérique a circulé ces dernières années de façon clandestine dans des milieux plus ou moins restreints.



Errata (non exhaustif)

Les morceaux qui manquaient sont surlignés en vert, ceux qui étaient en trop en rouge.



Les dualités cosmiques

Ces rapprochements peuvent sembler étrangersétranges à certains esprits

nous ne parlons que des idées, bien entendu

ce qui est pensé qui varie, mais seulement la façon de le penser.

celui de la science au sens ou l’entendent les modernes

notre intention n’est point de rechercher présentement la supériorité de l’un ou de l’autre des deux points de vue

comme l’effet d’une rupture avec la tradition, ; on se rapproche donc de celle-ci

Maintenant, toutes ces dualités, qui peuvent être en multiplicité indéfiniesindéfinie,

mais il y a un certain mérite et même un certain courage à dire desces choses, alors que tant d’autres, qui doivent pourtant savoir ce qu’il en est, gardent à ce sujet un silence obstiné

celles qu’on rencontre ordinairement lorsqu’il s’agit de l’« homme primitif », ; conception beaucoup plus juste à notre avis

d’une part l’influence de la philosophie bergsonniennebergsonienne

c’est dans l’ordre sentimental que les dualités psychologiques sont lesle plus apparentes

et nous ajouterons qu’on ne le fit pas davantage au moyen âge, ; mais, dans la doctrine aristotélicienne

est une des interprétations dont est susceptiblessusceptible le symbolisme de Caïn et d’Abel dans la Genèse hébraïque

car la conception de cycles fermés est radicalement fausse, comme celle de l’« éternel retour » qui en est l’inévitable conséquence

Quoiqu’ilQuoi qu’il en soit, l’hypothèse de la congélation finale

l’incandescence finale de l’univers et son refroidissentrefroidissement progressif

renoncer à poser la question en termes de vie et de mort, parce qu’un tel point de vue

quand on envisage les deux principes comme nous venons de le faire, il n’est pas possible de n’accorder

Nous avons fait allusion précédemment à l’existence de certains « pointpoints d’arrêt »

qui a aussi deux « parents », ou, pour parler plus exactement

et pourtant il n’est aucunement dualiste, dès lors qu’il laisse subsister

certaines conditions limitatives telles que l’espace etou le temps

note 1 : F. Alcan, Paris, 1919

note 10 : des symboles comme celui de l’« œuf du monde », qui se rencontrerencontrent dans la cosmogonie hindoue et dans bien d’autres traditions anciennes ; ces symboles



Le Christ Prêtre et Roi

auxquelles sont rattachésattachés respectivement l’autorité spirituelle et le pouvoir temporel

on peut aussi envisager les deux fonctions sacerdotale et royale comme étant, en quelque sorte, complémentairecomplémentaires l’une de l’autre

le lion, animal solaire et royal, emblème de cette tribu et plus spécialement de la famille de David qui est la sienne, devient ainsi son emblème personnel

Si le sacerdoce de Lévi, sous lequel le peuple a reçu la loi, avait pu rendre les hommes justes et parfaits

En effet, celui dont ces choses sont prédites est d’une autre tribu

ainsi que l’Écriture le déclare par ces mots : Tu es prêtre éternellement selon l’ordre de Melchissedec »

il l’est suivant l’ordre de Melchissedec, et, non selon l’ordre d’Aaron

du passage biblique où est relatérelatée la rencontre de Melchissedec avec Abraham

« Autant qu’il est constant que ce sacerdoce n’a pas été établi sans serment (car, au lieu que les autres prêtres ont été établis sans serment, celui-ci l’a été avec serment, Dieu lui ayant dit : Le Seigneur a juré, et son serment demeurera immuable, que tu seras prêtre éternellement selon l’ordre de Melchissedec) ; autant il est vrai que l’alliance dont Jésus est le médiateur et le garant est plus parfaite que la première »

Ce que nous avons voulu montrer surtout, c’est que l’ordre de Melchissedec est à la fois sacerdotal et royal et que par conséquent, l’application au Christ des paroles de l’Écriture qui s’y rapportent constitue l’affirmation expresse de ce double caractère. C’est aussi que l’union des deux pouvoirs en une même personne représente un principe supérieur à l’un et l’autre des ordres où s’exerces’exercent respectivement ces deux mêmes pouvoirs considérés séparément ; et, c’est pourquoi

Note 14 : En hébreuxhébreu, chaque lettre de l’alphabet a une valeur numérique



L’Ésotérisme du Graal

et la diffusion extérieure qu’àqu’a eue la légende du Graal

et qu’ellesquelles qu’en aient été d’ailleurs les modalités

Dès lorsqu’illors qu’il en est ainsi, certaines difficultés apparentes

de même que la lance, qui accompagne le Graal et qui en est en quelque sorte complémentaire, est une des figurations traditionnelles de l’« Axe du Monde »



Y a-t-il encore des possibilités initiatiques dans les formes traditionnelles occidentales ?

Y- a-t-il encore des possibilités initiatiques

en dépit des traces qu’on peut en trouverretrouver dans les écrits ou les monuments anciens

parce que, là du moins, il y a une méthode de réalisation active

Pour le Judaïsme, les choses, en tout cas, se présentent plus simplement, ce ne peut être en tout cas qu’à l’intérieur dedes monastères exclusivement

ou les mantras de la tradition hindoue, sans en obtenir le moindre résultat



Discours contre les discours

je croirai plutôt qu’une telle similitude, qui ne se fonde sur aucune communauté de race, se justifie seulement

il ne faut ni méconnaître ni mépriser ce qu’onont fait les Grecs dans divers domaines

le type le plus représentatif peut-être de lela mentalité hellénique

ni, d’autre part, de réagir outre mesure sur le domaine de l’action

voilà assurément une des premières leçons que nous devonsdevrons tirer des événements actuels

habituez-vous, sans retard, à envisager sérieusement l’avenir

Au sujet de ce discours, la reproduction faite par Michel Valsan dans les Études Traditionnelles comporte manifestement un passage manquant :
Il se peut que, parmi ces causes, il y en ait qui soient inhérentes à la nature humaine en général, ou plus particulièrement au tempérament de certains peuples ou de certains [passage manquant]

Le compilateur du présent recueil, à la place, a écrit « hommes ». A-t-il pu consulter la revue originale ou est-ce une suggestion de sa part ?

Nous lui avons posé la question dans les messages suivants :


  • tagada
    19 juillet 2017 à 12:26

    A propos de corrections, pour le Discours contre les discours, avez-vous pu consulter la revue originale ? Dans la reproduction faite par Valsan dans les ET, on constate un passage manquant :
    "Il se peut que, parmi ces causes, il y en ait qui soient inhérentes à la nature humaine en général, ou plus particulièrement au tempérament de certains peuples ou de certains [passage manquant]"

    Dans votre recueil, vous indiquez, à cet endroit, « hommes ». SVP, pouvez-vous confirmer que cela se base bien sur la publication originale ?

  • tagada
    20 juillet 2017 à 08:44

    Ce n'est pas une question piège, le bulletin municipal de Saint-Germain-en-Laye semble assez difficile à trouver, et donc si vous y aviez eu accès directement pour remplir le passage manquant ce serait super.


Mais il les a effacés sans y répondre ?! Nous supposons qu’il faut prendre cela comme une réponse négative. Donc pour l’instant le passage manquant devra rester en l’état.



Les Doctrines hindoues

comme désignant dece qui est « au delà de la nature »

ont par la même un caractère bien différent des sciences occidentales

cette réalisation peut avoir, en outre de la préparation théorique et après elle, d’autres moyens d’un ordre différent



Orient et Occident

La grande difficulté, nous le savons bien, c’est d’arriver à connaître ces idées orientales authentiques auxquelles nous faisons allusion, et cette difficulté est encore, pour une bonne part,

des théories empruntées à SchopenhaueurSchopenhauer

à un orientaliste qui, ayant cru bon de vanter la « critique » européenne devant un auditoire hindou, souleva les plus énergiques protestations

Au sujet de cet article, nous avons pris note de la remarque de M. Brecq dans le numéro 3 de la revue en ligne les Cahiers de l’Unité. Celui-ci affirme en effet détenir un manuscrit secret qui rend coupables de ne pas citer ce dernier tous ceux qui ne le possèdent pas, ou qui n’en connaissaient pas même l’existence. Nous avouons ce crime si c’en est un.

Cependant, M. Brecq comprendra-t-il que nous avons du mal à partager la théorie de l’élection par confiscation réussie ? Théorie selon laquelle certains adhérents d’un résidu de la tariqah valsanienne seraient les dépositaires de fait de l’héritage spirituel de l’œuvre de René Guénon, la preuve étant la permission divine qui leur aurait accordé la réussite du vol physique puis du maintien en confiscation de l’intégralité des manuscrits de cette œuvre à la famille Guénon, et de manière plus étendue à l’ensemble du public. Nous trouverions même cette théorie, qui permet d’arriver à se valoriser moralement en s’appuyant sur toutes les exactions possibles, tant qu’elles sont commises avec succès, vraiment burlesque, si les circonstances n'étaient pas si dramatiques. Utilisée sérieusement elle est abjecte, et il faut vraiment avoir tout l’obscurcissement qui caractérise les groupuscules sectaires pour l’employer sans honte.

L’œuvre de Guénon est destinée à être accessible à tous, pour pouvoir être atteinte par tous ceux qui peuvent la comprendre. Elle n’appartient à personne, cela vaut pour ses « amis » revendiqués, et cela vaudrait aussi pour le « meilleur guénonien » si ce titre n’était pas d’emblée une absurdité évidente.



Le Roi du Monde

et qui n’est point de celles auxquelles nous nous référons

ils avaient soulevé certainescertaine accusation de plagiat

s’il avait copié en partie la Mission de Ll’Inde

une époque d’obscurcissementobscurcissements et de confusion

la capitale d’AgarthiAgharti

note 6 : un des fondateurfondateurs du Brahma-Samâj



Cahiers du Mois

Juin 1926, Milarépa
des conditions irréalisables dans unle milieu européen actuel

Mais tout serait à citer, et il faut bien nous borner…



Vient de Paraître

Février 1926
Giovanni Gentile. – L’Esprit, acte pur.
Et toutefois l’impensable, du fait même qu’il est impensable, est pensé, car son impensibilitéimpensabilité est un penser. Ce n’est pas en soi, hors de la sphère de notre penser, qu’il est impensable. C’est nous qui le pensons comme l’impensable : c’est notre penser qui le pose comme l’impensable, ou plutôt c’est le penser qui se pose en lui, mais en lui comme impensable. »

Georges Groslier. – La Sculpture Khmère ancienne.
ce qu’il y a de vraiment original dans l’art Khmerkhmer

Avril 1926
Paul Choisnard. – Saint Thomas d’Aquin et l’influence des astres.
corriger l’étroitesse des interprétations courantes du Thomisme ; et il y a là un effort d’autant plus méritoire qu’il va à l’encontre de beaucoup de préjugés.

Juillet-août 1927
R. Schwaller de Lubicz. – L’Appel du Feu.
Il y a là-dedans quelques lueurs, parmi beaucoup de fatras grandiloquents

Novembre 1927
Phusis. – Près du Secret de la Vie, Essai de Morphologie universelle.
Que d’efforts dépensés en pure perte, et quel gaspillage

Émile Boutroux. – Des Vérités éternelles chez Descartes.
soit mise sur le même plan que cellescelle des rapports de la science et de la religion ?

P. V. Piobb. – Le secret de Nostradamus.
malgré les réserves qu’appelleraient peut-être quelques déductions poussées un peu trop loin

Décembre 1927
J. G. Frazer. – Les Dieux du Ciel.
Pour ceux qui ne sont pas disposés à accepter aveuglément de telles interprétations, lesdes ouvrages de ce genre ne peuvent valoir que comme recueils de faits

Avril 1928
Édouard Dujardin. – Le Dieu Jésus, essai sur les origines et sur la formation de la légende évangélique.
la conception « mythique », soutenue récemment par M. ChouchoudCouchoud

Georges Lanoë-Villène. – Le Livre des Symboles, dictionnaire de symbolique et de mythologie.
c’est d’ailleurs une chose bien curieuse que cette tendance qu’ont la plupart des Occidentaux à voir du Bouddhisme un peu partout

mai 1928 Augustin Jakubisiak. – Essai sur les limites de l’espace et du temps.
elles relèvent surtout de la philosophie des sciences tellestelle qu’on l’entend aujourd’hui

septembre-octobre 1928 Bertrand Russell. – Analyse de l’Esprit.
Parmi les récentes théories psychologiques, « behaviouristebehaviouristes » ou autres

Nombre 1928
M. Dugard. – Sur les frontières de la Foi.
Les objections adressées au christianisme par la « pensée moderne », et les réponses qu’il y apporte, témoignent pareillement du désarroi mental de notre époque

Mars 1928
J. Krishnamurti. – La Vie comme idéal.
les pensées congelées des hommes », et qu’« elles n’ont, selon lui

A. E. Powell. – Le Corps astral.
On trouveraretrouve là toutes les fantastiques assertions des « clairvoyants »

Décembre 1929
Georges Lanoë-Villène. – Le Livre des Symboles, dictionnaire de symbolique et de mythologie (Lettre C).
une foule de renseignements qui ne se rattacherattachent qu’assez indirectement au sujet






vendredi 14 octobre 2016

Archives de Louis Charbonneau-Lassay : Crowdfunding

On vient de nous informer qu’un projet de crowdfunding (financement participatif) a été lancé pour récupérer les archives de Louis Charbonneau-Lassay. Voici le lien vers ce projet, qui peut intéresser certains de nos lecteurs :


mercredi 24 août 2016

Texte inédit : Étude logique et métaphysique sur l’idée de substance. Substance individuelle et substance universelle.


Ce texte a été rédigé par René Guénon en 1916 ; à l’époque il envisageait de le publier, comme le montrent les extraits qui vont suivre :

Je n’ai pas encore eu le temps de mettre au point mon travail sur la substance, mais je tâcherai de le faire le plus tôt possible.
René Guénon à Pierre Germain, 26 août 1916.

Depuis que vous avez lu votre intéressante conférence sur la Substance, j’ai beaucoup réfléchi au problème qu’elle pose et éclaire.
Noële Maurice-Denis Boulet à René Guénon, 16 décembre 1916.

Et l’offre de Lévy Bruhl à faire paraître à la Revue philosophique l’essai sur la Substance, où en est-ce ? M. Guénon a-t-il mis son travail au point ? L’enverra-t-il bientôt ? Comme je voudrais voir cela mis au jour, discuté et apprécié !
Noële Maurice-Denis Boulet à la femme de René Guénon, 5 février 1918.

Vous serait-il donc possible d’apporter avec vous votre travail sur la « substance » que j’ai lu il y a trois ans et de me le laisser quelque temps ?
Noële Maurice-Denis Boulet à René Guénon, 23 juin 1919.

Je vous prêterai mon travail sur la substance ainsi que vous me le demandez.
René Guénon à Noële Maurice-Denis Boulet, 1er juillet 1919.

Bien entendu je vous communiquerai de nouveau mon travail sur la substance, ainsi que vous me l’aviez déjà demandé au mois de juillet, et je serais très heureux s’il peut vous être de quelque utilité pour votre thèse.
René Guénon à Noële Maurice-Denis Boulet, 5 novembre 1919.

Cette étude n’a semble-t-il pas été éditée. Les lecteurs de l’œuvre de Guénon connaissent cependant déjà une partie des considérations qui y sont abordées et qui se trouvent notamment au début du livre Le Règne de la Quantité et les Signes des Temps.

Les lecteurs canadiens peuvent la lire p. 1080 du recueil d’articles.

mardi 9 août 2016

Luc Benoist sur « Le problème » de Jean-Pierre Laurant


Comme on l’a vu, des textes parasites sont ajoutés à des livres de René Guénon récemment réédités, dans un but général de soumettre l’œuvre de Guénon à la critique universitaire. Dans celui qui affuble Le Règne de la Quantité, les démarches de Luc Benoist auprès de Gallimard sont mises en scène par la « fondation Jean-Pierre Laurant », comme si cela pouvait, par un assentiment de sa part implicite et posthume, donner du poids et de la légitimité à cette entreprise de subversion.

Cette solidarité n’a bien sûr aucune raison d’être. Mais de plus, à la lecture de ce que Luc Benoist, dans le texte ci-dessous, disait lui-même des sournoiseries de Laurant, on peut trouver une telle manœuvre vraiment ironique.



Texte paru dans les Études Traditionnelles, septembre-octobre 1971, Les Revues, pp. 236-238.


La Revue de l’Histoire des Religions a publié dans le premier numéro de cette année (no 1, janv. mars 1971) un article de M. Jean-Pierre Laurant intitulé : Le problème de René Guénon ou quelques questions posées par les rapports de sa vie et de son œuvre.

Il est déjà très remarquable que M. Laurant, professeur et universitaire, ait attaché assez d’importance à l’œuvre guénonienne pour en étudier les sources, serait-ce, comme lui, du plus modeste point de vue et du plus extérieur. On peut regretter qu’il ait dans ce travail emprunté ses moyens d’approche à la plus dérisoire des écoles de critique historique, celle de Taine, aussi officielle que fausse, et heureusement en défaveur, qui cherche dans la vie d’un écrivain l’inspiration de son œuvre, alors que l’œuvre est souvent le complément, la réaction inversée, la revanche contre la vie. Plus heureusement des études sont en gestation en divers lieux qui vont sortir d’une ombre trop respectée une pensée qui a suscité une part considérable du mouvement intellectuel contemporain, ne serait-ce que par la prescience que Guénon a manifesté du réveil de l’Orient et de son influence grandissante sur la pensée et la politique occidentales. D’ailleurs rien ne saurait être plus contraire à la position de Guénon lui-même, vis-à-vis de son œuvre, que le rapprochement de cette dernière avec sa vie, alors qu’il a volontairement protégé cette œuvre de toute compromission terrestre. Et si tout critique est libre d’établir les bases de son travail comme il lui convient, tout au moins devrait-il respecter la pensée de l’auteur qu’il a choisi, même s’il se place à un point de vue opposé. C’est pourquoi on ne saurait souscrire à la prétention de M. Laurant qui suppose saisir la réalité profonde de la démarche guénonienne en la limitant aux différents cercles de personnalités, occultistes, catholiques, maçonniques, hindoues ou musulmanes qui l’ont fréquenté ou qu’il a lui-même connues, alors que sa démarche profonde a été dès ses débuts inverse et « centrifuge », pour aboutir très logiquement à son départ définitif pour l’Égypte.

Il est faux de prétendre que la pensée guénonienne s’identifiait avec la mentalité des groupes auxquels il s’opposait, car si pour combattre efficacement quelqu’un il faut se placer sur le même terrain et employer sa langue, c’est autre chose que partager son point de vue. Or c’est avec prédilection que M. Laurant s’attarde aux débuts de notre auteur, aux épisodes de La Gnose, de l’Ordre du Temple, de Regnabit, à ces années de formation que Guénon n’aimait pas qu’on lui rappelle, dit M. Laurant, pour la bonne raison qu’il avait éprouvé l’inutilité de ces anciennes démarches qui avaient pour but non de s’informer, mais au contraire de redresser les erreurs des différents groupes « néo-spiritualistes » ou religieux alors fréquentés.

Prétendre qu’au moment de la « Crise du Monde moderne » Guénon n’envisageait pas encore la distinction ésotérisme-exotérisme parce que cette distinction n’est pas ouvertement formulée dans ses écrits (ce qui est à voir) montre à quel point M. Laurant rétrécit son sujet à une recherche de lexicologie, en limitant la pensée guénonienne à une formulation occasionnelle, qui ne préjuge pas de l’origine et du fondement de cette pensée.

C’est ce qui lui permet de traiter Guénon d’autodidacte et d’opportuniste. Le traiter d’autodidacte (ce qui au sens vrai est la définition du génie) et insister sur les faiblesses et les contradictions d’une argumentation qui enlèvent toute signification à sa pensée, est plus qu’un abus de langage, alors que la rigueur de cette pensée et la précision de sa langue, que M. Laurant malheureusement n’imite pas, constituent les plus solides bases de l’argumentation guénonienne. Mais pour éviter cette grossière falsification du sujet même de son étude, il aurait fallu que M. Laurant sache de quoi il parle, ce dont on peut douter lorsqu’on lit la conclusion de son étude. Cette conclusion, au terme de son décevant périple, traduit assez bien l’embarras de tout lecteur de Guénon qui se place, comme M. Laurant, à l’extérieur de sa pensée. Il y constate que si les accidents de la vie ne préjugent pas de la valeur de l’intuition ni de la justesse du raisonnement… certaines faiblesses de l’argumentation n’infirment pas la valeur de l’intuition, ni la vérité de celle-ci ne peut faire passer pour justes des raisonnements qui ne le sont pas. Que la pénétration intellectuelle de M. Laurant dans son plus grand essor ne dépasse pas une intuition (sans doute bergsonienne) dont il consent à doter son sujet, tout en lui refusant la rigueur critique, cela à nos yeux le juge. Les raisonnements n’ont d’ailleurs rien à saisir dans une intuition psychologique, pas plus qu’un marteau-pilon n’est un instrument adéquat pour attraper une mouche. La dialectique de M. Laurant basée sur les preuves écrites a l’air d’ignorer que le papier supporte l’erreur comme la vérité, et surtout est aussi lacunaire que la chance et le hasard. Alors que, comme l’a dit je crois Leibnitz, la vérité ne commence pas d’être au moment où elle commence d’être connue, qu’elle soit ou non formulée, trois stades de la connaissance du vrai que M. Laurant confond dans une démarche pragmatique, au total mépris ou à la regrettable méconnaissance du point de vue initiatique et traditionnel, qui lui paraît sans doute une superstition périmée. Alors pourquoi s’en occupe-t-il ?

Luc BENOIST       

samedi 21 mai 2016

Textes peu connus de René Guénon

Différents textes de René Guénon, peu connus et peu accessibles actuellement, ont été ajoutés au recueil d’articles :
  • Réponse à l’enquête sur La Culture internationale, publiée dans Images de Paris, mai-juillet 1926 (no 67).
  • Réponse à l’enquête Pour un nouvel Humanisme, publiée dans l’étude Pour un Humanisme nouveau, dans les Cahiers de Foi et Vie, 1930.
  • Réponse à G.-E. Monod-Herzen, lettre publiée dans Notre temps, 20 décembre 1927, dans Idées et Philosophies, de G.-E. Monod-Herzen.

Dans l’agencement actuel du recueil, les lecteurs canadiens peuvent les trouver respectivement pp. 312, 999 et 1100 du pdf.